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Lundi 2 décembre 2002, gare Montparnasse, 9 heure du matin. Rien à signaler. Les TGV tégévètent et les gens se pressent. Les trois heures de sommeil entre La Rochelle et Paris n’étaient pas superflues, bien au contraire. La semaine passée en Galice a été éprouvante. Physiquement et psychologiquement. Physiquement, car les 3000 kilomètres de Twingo laissent des traces et psychologiquement car les kilomètres de côtes souillées suite au naufrage du Prestige reviennent rapidement en mémoire.
Images et diapos s'entrechoquent alors que les portes du métro claquent. Comme à chaque retour de voyage, certains regardent avec envie le sac de voyage. Normal. Normal... Mais là, est-ce nécessaire ? Oui bien sûr car, par définition, le voyage reste un enrichissement mais là, quand même, est-ce vraiment un moment de bonheur que ces 5 jours en Galice ? Nous ne savons pas. Ou plutôt, si, nous savons mais nous ne voulons pas encore nous l'avouer.
En créant le collectif SOAP Tanker (Stop aux Outrages et aux Agressions Pétrolières) le 21 novembre dernier nous ne pensions pas être si rapidement emportés dans une nouvelle tourmente. Avec le recul, tout est allé bien vite. Trop peut-être, à voir. Maintenant, nous voilà lancé et nous ne pouvons ni ne voulons reculer. Quelque chose est parti. Nous ne savons pas encore très bien ce que c'est mais, après cette semaine à ramasser le mazout sur les plages, nous savons ce que nous ne voulons plus voir.
Premier point, et non des moindres, l'accueil fait à notre projet dépasse nos plus grandes espérances. Tous les gens, autour de nous, à qui nous avons présenté le projet sont unanimes pour nous aider dans l'aventure et, mieux, veulent nous rejoindre. Secondo, sur place, les gens nous ont réservé un accueil formidable et chaleureux. Surpris, d'abord, de voir débouler quatre français sortis de nulle part, ils ont tout fait pour nous faciliter la tâche malgré les nombreuses lacunes du gouvernement espagnol dans la gestion de la crise et l'organisation du travail sur les plages. Nous ne pouvons pas les laisser, c'est impossible. L'Europe de la solidarité existe. Tertio, enfin, nous sommes revenus avec de nombreux projets pour les mois à venir.
Dans un premier temps, SOAP Tanker va devenir une association car nous devons structurer notre action pour l'inscrire dans le temps. Cela demande une nouvelle organisation et, devant le nombre de tâches à accomplir, c'est nécessaire. A court terme, nous avons décidé de repartir en Galice, dans le village de Muxia particulièrement touché par la marée noire, entre le 26 décembre et le 5 janvier prochain. Notre premier voyage devait servir à prendre des contacts et reconnaître le terrain. Nous voulions montrer qu'il était possible et « facile » d'accomplir son rôle de citoyen en mêlant solidarité et activisme. C'est chose faite et maintenant nous repartons. De quatre nous sommes déjà passés à douze inscrits alors que l'idée est née ce soir... En plus, nous trouvons que le symbole est fort : trinquer au champagne sur le mazout à minuit le 1er janvier, drôle d'image.
Voilà ce qui nous réconforte : les gens ne restent pas insensibles à notre action et, de manière plus importante, à la catastrophe et à ses conséquences. L'action fédère, nous voulons le montrer. La presse également semble s'intéresser à notre projet et nous avons pu passer sur Europe 1, France Inter et Radio Bretagne Ouest. C'est intéressant car cela crédibilise et, lorsque nous cherchons des partenaires, cela ouvre de nouvelles portes. Nous continuons à travailler dans cette direction.
Nous allons également nous tourner maintenant vers d'autres partenaires qui travaillent déjà dans le domaine de la protection de l'environnement et qui, de manière plus générale, réfléchissent à des questions sociétales. Nous voulons ainsi contribuer à notre manière aux mouvements sociaux de plus en plus importants qui réunissent à chaque occasion des milliers de personnes comme ce fut le cas à Florence pour le premier Forum Social Européen début novembre 2002. Le principe de SOAP Tanker reste le même : ouvert et accessible, il sera ce qu'en feront les personnes les plus motivées qui veulent y participer.
Dernier aspect, et de taille (mais quel bonheur de vivre ainsi avec de tels projets), nous allons organiser autour du 12 novembre prochain une importante manifestation à Muxia pour faire un point précis sur ce qui a été fait ou non depuis le naufrage. Autant en termes législatifs (un moratoire sur le droit maritime serait le bienvenu) que pratique (nettoyage des plages) et économique (analyse et audit des conséquences directes et indirectes pour la région). Bien entendu, nous n'oublions pas le festif et cette rencontre doit également être l'occasion de mélanger les cultures et les personnalités de tous les horizons.
Cette catastrophe doit non seulement être la dernière mais elle doit également servir de base de départ pour une nouvelle forme de contestation positive. Les médias et les gouvernements usent facilement d'adjectifs négatifs pour qualifier les initiatives citoyennes lorsqu'elles touchent des sujets sensibles. Nous sommes là et nous avons décidé de monter SOAP Tanker pour montrer que le débat doit s'élever.
Nous ne voulons plus voir des situations comme celles-ci se reproduire et nous attendons de vraies décisions rapides. A nous d'agir pour préserver un minimum cette planète.
Merci de faire suivre ce mail autour de vous.
Le site www.soaptanker.org sera accessible en fin de semaine avec les photos, les textes et les vidéos issues du premier voyage (du 25 novembre au 1er décembre).
Pour tous renseignements, vous pouvez nous joindre sur soaptanker@lavache.com.
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